Willen's Craft épisode 5

L'ombre et la lumière
Un petit mot d'abord pour vous dire que je vous prépare quelques petites nouveautés pour la semaine prochaine. Je sais que j'ai posté beaucoup d'épisodes de cette série depuis une semaine, mais c'était pour me laisser un peu le temps de me retourner. De nouveaux textes viendront à partir de lundi prochain, et une nouvelle est actuellement en cour d'écriture. Je dirai même qu'elle avance à toute vapeur. Les plus érudits d'entre vous auront compris à quel genre je fais référence.
Pour en revenir à nos oignons, oui c'est la semaine de la rentrée et c'est pour cela que je tenais à publier cet épisode aujourd'hui… C'est la rentrée pour tout le monde, même à L'Université de Willenscraft. Je vous laisse lire. À bientôt à tous mes amis lecteurs, lectrices, blogueurs et blogueuses.






* * *


Résumé: À la mi Juin **17, une manifestation étudiante dégénèrera à l’Université de Willenscraft. Personne n’en comprendra réellement les causes…
Quant à Sergueï, c’est un homme bien particulier, ne trouvez-vous pas ? Le voilà qui reçoit des appels improbables au milieu de la nuit, prenant la forme de voix dans sa tête. Mais laissons Sergueï pour le moment et intéressons-nous aux événements se déroulant bien des années après cette conversation…

Personnages connus:



* * *



Le 5 Janvier **16…

            Et nous-y revoilà. Le grand hall de pierre au sol de marbre. Un haut plafond imposant sous lequel se tient un large grimoire cadenassé au trépied et ouvert à la page exacte. Deux feuilles blanches de papier sur lesquelles défile la liste interminable des nouveaux étudiants.

            Ses doigts frôlaient les caractères noirs tel un aveugle déchiffrant du braille. Elle avait besoin de les toucher, de sentir l'odeur du livre et de l'encre. Que venait-elle faire là ? Quand est-ce que tout ce foutoir avait commencé ? Elle n'avait pas la réponse. L'origine s'était dissoute au fil des semaines, peut-être même des mois; il s'était introduit dans sa tête de façon trop sinueuse et détournée pour qu'il y ait eu un véritable instant T à partir duquel tout s'enchaînait. Elle ferma les paupières un moment. Dans sa nuit artificielle, elle se souvenait de cette présence, impalpable, insistante, qui avait commencé à hanter son bureau de façon progressive. Un fantôme qui répondait à ses dialogues internes, et ce sans y répondre.

            Ce n'était pas comme si elle avait vu un spectre dans les couloirs, ou comme si elle entendait des voix. Non, c'était plus étrange encore. Juste une sensation. Quelqu'un qui vivait à côté d'elle ou regardait même par dessus son épaule. À certains moments, elle aurait juré que ce quelqu'un essayait de lui parler, sans jamais entendre le moindre mot, le moindre murmure. C'était énervant. Pire encore, c'était parfois rassurant.

            Elle, Elle! Aïdée Hoffmann était en train de perdre la boule. Ses yeux s'ouvrirent. Elle ne savait toujours pas ce qu'elle faisait là, devant cette liste, comme hypnotisée au centre de l'espace rempli d'ombre. Cet insupportable pincement à l'intérieur de son thorax lui murmurait que peut-être il était là, parmi ces impertinentes séries de lettres. Une réponse à une question jamais posée. Absurde! Il y avait pourtant quelque chose de religieux dans cette manie qu'elle avait de passer au crible la foule des nouveaux élèves, sur cet épais grimoire. Comme si leurs noms pouvaient lui parler, comme si l'un d'entre eux allait sauter hors de la page armé d'une vérité sans égale.

            L'idée la fit ricaner. Évidemment, une fois les deux pages lues et relues, rien de tel ne s'était produit. Et un grand vide s'achemina dans son esprit. Il était encore tôt, dans les six heures et demie du matin. Elle s'était jetée dessus dès qu'on l'avait installé dans le hall du bâtiment principal. On aurait dit un tigre sur un morceau de viande.

   Petit Déjeuner.

            Cette simple idée suffit à la faire repartir dans les couloirs, armée d'une détermination nouvelle. Elle s'enfonça au coeur du dédale de passages, d'escaliers, de portes qu'elle connaissait sur le bout des doigts. La pierre d'un ton blanc cassé, était le support idéal pour la faible lumière de l'aube, froide et fragile, arrivant telle la marée au travers des larges baies vitrées donnant sur l'extérieur, sur les cours et les jardins. Aïdée inspecta le ciel de l'autre côté des hauts murs de verre. Il n'était encore qu'une masse sombre à peine menacée par l'aurore. Elle se sentait fatiguée aujourd'hui. Rien d'étonnant à cela, elle n'était plus habituée aux horaires de boulot. La peau de son visage ovale était un peu trop pâle à son goût, ce qui jurait avec ses yeux rouges sang. Une anomalie génétique. Elle remonta ses lunettes rectangulaires sur son nez en grognant. Elle n'était plus habituée aux cernes non plus.

            Aïdée portait ses cheveux coupés courts, les laissant juste un peu tomber par dessus ses oreilles et sur une partie de sa nuque. Tout en passant deux doigts dans sa frange pour redresser deux mèches brunes qui avaient tendance à vouloir lui chatouiller le haut du nez, elle poussa la porte du grand salon en un geste fluide et impatient.

            À cette heure, il n'y avait pas grand monde. L'odeur du café et des croissants chauds raviva sa bonne humeur. Assis confortablement dans un fauteuil avec une tasse, Nikolaï Sokolov se leva d'un bond en la voyant, inclinant légèrement la tête en guise de salut. C'était un grand homme d'un mètre quatre-vingt dix, aux cheveux noirs, au teint clair et à l'expression toujours extrêmement sereine. Elle esquissa un signe de la main en le voyant, sans stopper sa marche vers la machine à café.

   « Debout à une heure pareille ? Cataclysme ? Tremblement de terre ? Inondation ?
_ La liste des étudiants entrants, » répondit-elle d'un ton tout ce qu'il y avait de plus conventionnel. Sokolov se rassit, un rire curieux sur ses lèvres.
   « Tu attends des connaissances ? »

            Il était vrai qu'elle avait encore l'âge moyen des élèves de l'Université et ce, malgré le fait qu'elle était à présent employée à plein temps. Vingt trois ans, c'était très jeune comparé aux professeurs qu'elle côtoyait de façon régulière. Elle se prépara un cappuccino.
« Pas vraiment mais on ne sait jamais. »
Son interlocuteur avait l'air fort surpris. Il n'avait pas l'habitude de la voir se déranger pour un « on ne sait jamais ».
   « Et comment s'est passé ton Noël ?
_ Horrible, j'ai cru que ma tête allait exploser. »
En saisissant un pain aux raisins et un journal posé sur la longue table en chêne, elle remarqua que la radio sur la console était allumée, diffusant un vieux rock anglais à faible volume. Sokolov au moins, savait se mettre de bonne humeur. Elle continua:
   « Tu n'as pas la plus petite idée du nombre de dîners que j'ai eu à m'enfiler. La totale, le sourire crétin, les talons hauts et la robe du soir. Il y avait de quoi devenir fou. Tu sais que j'ai envisagé un instant de scier le lustre en cristal pour me sortir de là... »
Elle trempa les lèvres dans sa tasse.
   « Alors pourquoi y-être allée ? » Lança une voix tranquille un peu plus loin. Les deux têtes se tournèrent vers le fond de la salle. Lentement, Hogan renversa le haut de son journal avec ses index et ses yeux se posèrent sur le jeune visage frustré. Il était l'un des seuls à encore choisir la version papier, et non les liseuses de plastique qui étaient disposées à côté de ces dernières.
   « Vous avez déjà essayé de dire non à ma mère ? »

            L'assemblée entière grinça des dents. Madame Hoffmann avait une solide réputation. Elle avait travaillé dans les ailes de recherche pharmaceutique pendant un an, bien avant que le centre Universitaire n'existe et certains professeurs s'en rappelaient encore, même si cette dame n'avait jamais posé un orteil dans une salle de classe. Elle avait simplement aidé à faire la transition. Aïdée était heureuse qu'elles ne se soient jamais croisées à Willenscraft.

            Sergueï Hogan afficha un sourire sardonique. L'homme était un spécialiste de l'art antique, même s'il prenait en charge un certain nombre de cours portant sur la Renaissance ou le Classicisme. Peu de gens savaient qu'il était également un grand connaisseur de la musique Romantique Allemande. Globalement, il lui était très antipathique. C'était un quinquagénaire dur qui ne tissait pas ou peu de liens avec son entourage professionnel. Strict, de taille moyenne, les épaules larges, le crâne nu, les yeux verts tirant sur le brun, il était toujours très propre sur lui, très correct. En revanche, il avait toujours cette manie de vouloir rabaisser les autres. Peu importait, la jeune femme avait souvent les mains crispées lorsqu'il était là.

   « Bon, je vous le rapporte dans une heure », ajouta-t-elle en agitant le journal, tout en se dirigeant vers la porte. Le salon, d'un coup, sentait à plein nez le stress de la reprise. Ces hommes allaient devoir assurer les premiers cours du semestre, gérer les nouveaux étudiants, recadrer les anciens. Le plus difficile était les transférés. Il fallait les mettre dans le bain malgré l'angoisse que pouvaient ressentir certains. Arriver en plein milieu de l'année n'était pas chose facile et à tous les niveaux on en était conscient. Même l'air avait une odeur particulière. Elle serait décidément mieux dans son bureau.


            Une fois le petit déjeuné avalé, le journal rendu, son petit havre de travail dépoussiéré, les choses sérieuses allaient enfin pouvoir commencer. Sauf que... « Et oui, il y a toujours un sauf que », crut-elle entendre quelque part dans son inconscient.


* * *


 Si vous faites attention à la date, vous remarquerez que la trame principale se situe un an et demie avant l'article de journal de l'épisode 1. Dans la version originale, c'est beaucoup plus flagrant, puisque le format n'est pas le même. Je me permets donc de faire la remarque.

Comme d'habitude, n'hésitez pas à laisser des commentaires, même si c'est pour dire que c'est nul. Ca n'est pas grave, c'est toujours bon à prendre! Oui, même vous là-bas au fond de la classe! Pas la peine de vous cacher, je sais que vous êtes là!

Sergueï est particulièrement difficile à écrire pour moi. Probablement parce qu'il est l'exact opposé de moi au niveau caractère… Je ne sais pas. Et vous ? Quel(s) type de personnage(s) est difficile à écrire pour vous ? Si si, ça m'intéresse, c'est pour ça que je pose la question...

Commentaires

  1. J'adore ! Je préfère ce style plus "aéré" et "léger" que celui des épisodes précédents. Mais chaque style d'écriture employé correspond à l'ambiance qui doit se dégager. Je trouve ça extraordinaire ! Comment fais-tu ?
    Ici, les temps sont impeccables, les descriptions bien nourries et les personnages parfaitement présentés, même Sergueï. Je sais que moi-même je n'aime pas quand on compare mon travail à celui de quelqu'un d'autre parce que j'ai l'impression que ça le banalise, mais Sergueï me fait un peu penser au professeur Rogue dans Harry Potter (niveau caractère et côté taciturne) :) Je suis à côté de la plaque ?

    Sinon je trouve l'ambiance rentrée des classes et la présentation des profs géniales. Je ne comprends pas trop l'histoire de la liste des étudiants. Les feuilles sont blanches, mais les noms défilent dessus ? Comme par magie alors ?
    Aïdée a l'air d'être un personnage compliqué (encore une fois), j'espère que tu vas t'en sortir avec tous ces drôles de gué-lurons ! Mais tu as une trame ? Un schéma narratif ? Tu sais déjà où tu vas puisque tu as travaillé cette histoire il y a longtemps. C'est chouette :p

    J'aime beaucoup ces deux tournures et les idées qui s'en dégagent :
    "Comme si leurs noms pouvaient lui parler, comme si l'un d'entre eux allait sauter hors de la page armé d'une vérité sans égale."
    "[...] deux mèches brunes qui avaient tendance à vouloir lui chatouiller le haut du nez [...]"

    En ce qui concerne la précision de la situation temporelle par rapport à l'article du journal, c'est bien en effet de nous l'avoir rappeler. Je me suis demandée comment l'école pouvait paraître aussi "normale" alors qu'il s'y était produit un drame, puis j'en suis venue à la conclusion que ce passage était antérieur à la manifestation. Du coup, tu me l'as confirmé.

    Moi aussi j'ai du mal à écrire sur les personnages qui me sont opposés, surtout en cas de narrateur interne. Là, tu utilises un narrateur externe, omniscient de toute évidence, mais qui se balade avec un personnage (c'est comme ça que j'aime le résumer, je trouve que c'est plus clair ^^). J'adore ce type de narration. C'est vers ça que j'essaie de tendre aussi.

    J'ai hâte de voir ce que tu vas publier d'autre (du steampunk ?). Continue !

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    1. Merci encore à toi de laisser des pavés! XD
      C'est très utile pour que je sache quoi corriger en priorité.

      *Essaie de progresser mais n'y arrive pas toujours*

      Comment je fais ? Je n'en ai pas la moindre idée. En fait je crois que je l'ai fait sans m'en rendre compte. Je ne rationalise pas trop (alors que je devrais).

      En fait, Sergueï est inspiré de trois personnes que j'ai connu il y un moment. Et c'est intéressant ce que tu dis avec Rogue. Maintenant que j'y pense, il y a beaucoup de gens qui vont faire le parallèle entre ces deux là. Ils ont des points communs, dans leur façon d'agir, mais leurs arcs et leur développement risque d'être radicalement à l'opposé l'un de l'autre. Sergueï est très froid en ce qui concerne sa vie professionnelle tout en étant beaucoup moins taciturne qu'on ne le croit. Du coup je ne pense pas que ça fera redite. Si vraiment beaucoup de gens trouvent qu'ils se ressemblent, alors ce sera un vrai challenge pour moi d'en faire quelque chose de frais et de nouveau. Ça risque d'être amusant.

      Et beaucoup de scènes concernant l'Université sont tirées de vrais anecdotes, qui me sont arrivé à moi ou à des connaissances. C'est pour ça que c'est très drôle d'écrire cette série. Je développerai la genèse au fur et à mesure de l'avancement je pense.

      Je vois aussi qu'il y a encore des trucs flous. Dans mon idée, puisque l'UW est une fac étrange à mi-chemin entre l'old school et l'hyper moderne, avoir une liste d'étudiants sur un énorme grimoire me semblait cohérent. Il faudra que je précise ça un peu.

      J'ai une trame, une liste de persos, et un découpage en trois parties. Je sais où je vais. Après il y a des chapitres (beaucoup) qui ne sont pas écris et d'autre que je veux reprendre. Bref, il y a du boulot. Le narrateur lui, va suivre tour à tour chacun des 6 personnages principaux. Autant dire que j'ai intérêt à faire très attention à ce que je dis et comment je le dis. Sinon, je vais me faire taper sur les doigts. Je vous fait confiance.

      (PS:Oui, Steampunk.) :D

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    2. Oui, 6 personnages, c'est pas du gâteau !

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