Pensées: Écrire

Décrire une cheminée
Je bouscule complètement mon planning de la semaine pour une petite parenthèse. Si vous devez vous en prendre à quelqu’un, prenez-vous en à Akémi, c’est entièrement (presque) de sa faute. Elle a mis le doigt sur quelque chose d’un peu particulier. Pendant très longtemps, il y a toujours eu cette idée dans ma tête qui me persuadait qu’après tout, je n’étais ni un artiste, ni un auteur. Après tout, je n’ai rien à dire et je n’écris pas si bien que ça. De quel droit devrais-je me sentir assez spécial pour me prétendre auteur, n’est-ce pas ? Une idée profondément validée par le monde « extérieur » qui vous demande sans arrêt « et sinon qu’est-ce tu fais dans la vie ?
 _ J’écris. 
 _ Hahaha. Non mais sérieusement, qu’est-ce que tu fais dans la vie ? »
Heureusement, il a toujours un moment dans votre existence ou vous réalisez que vous prenez le problème à l’envers. En fait, je vous le demande mes chers lecteurs, qui êtes vous pour ne pas écrire ?
Blague à part. Combien de fois j’ai entendu des gens me dire : mais je ne peux pas écrire, je ne sais pas écrire.


Pourtant tu sais bien parler ?

Oui c’est différent, mais jusqu’à quel point ? Tu connais l’alphabet, tu sais écrire. Ce n’est même plus une question de talent de nos jours. D’expérience ceux qui publient sont rarement les plus talentueux. Des gens qui avaient une plume d’or j’en ai connu beaucoup et certains n’ont jamais publié une ligne. Ceux qui voient leurs livres édités sont en général ceux qui n’ont pas lâché prise, quitte à continuer à réécrire leur manuscrit même après trois ou quatre refus. Et si ça ne marche pas, ils réessayeront avec un autre, aucun problème.


L’endurance, c’est très utile.

Et d’ailleurs, pourquoi publier ? Quoi, on n’est pas bien là entre nous ? Comme si l’édition était une fin en soi. Tu ne sais pas écrire ? Prends un stylo et tu vas apprendre. Quoi, tu ne lis pas assez ? J’ai toujours beaucoup lu et ça ne m’a jamais empêché d’être une brêle en orthographe. Lire ne change rien, je te demande d’écrire. D’écrire comme le forgeron forge. Pour cela, tu n’as pas à te préoccuper de ce que tu fais. Tu n’as besoin que de te préoccuper de qui tu es.

Chers lecteurs, prenez un stylo et avec cet instrument diabolique, je vous demande de me décrire la cheminée de tonton Étienne. Allez-y. Je vous parie qu’il n’y aura pas deux textes identiques. Pourquoi? Parce que la nature hait l’identique. La nature ne fait que des œuvres originales et non, nous ne naissons pas tous égaux, nous naissons spéciaux.

Combien de scénaristes ou d’auteurs ont pointé cela du doigt. Une expérience de vie qui n’est pas la nôtre nous est à jamais inconnue. Je peux sympathiser avec ton problème. Mais je ne peux pas savoir ce que ça fait d’avoir ce problème, vu que je ne suis pas toi et que je n’ai jamais vécu ce que tu es en train de vivre. C’est la source de tous les conflits, de tous les malentendus et de tous les privilèges. Je ne suis pas toi.

Lecteur, tu vois sans doute où je veux en venir. Tous ceux qui lisent, et qui lisent beaucoup, ont eu entre les mains ce livre qui les a marqués, qui a changé à jamais leur vision du monde, leur perception de certains faits, ou leur façon d’appréhender la vie… Pourquoi ? Parce que soudain, vous vous êtes mis à voir au travers des yeux d’un autre. Ha.

D’un seul coup la sympathie est devenue empathie. Et l’empathie a grandi jusqu’à ce que vous ressentiez ce qu’un autre que vous s’est mis à ressentir. C’est un phénomène que les neurologistes étudient depuis longtemps et qui est un de leurs sujets préférés.

Certes cela n’arrive pas avec tous les personnages. Mais il y a suffisamment de livres sur cette terre pour qu’au moins l’un d’entre eux vous prenne par la main et vous entraîne dans un toboggan que vous n’avez encore jamais descendu.

Écrire est étrange et approche parfois la méditation transcendantale. Il y aura des jours où vous ne mangerez plus, où vous ne dormirez plus, où vous n’aurez même plus soif. Ce sont les autres qui vont vous rappeler que oui, si vous ne mangez pas, vous allez mourir. Le temps va vous jouer des tours mesquins. Vous allez avoir parfois d’énormes trous noirs. Vous allez prendre votre stylo à midi et d’un seul coup il sera quatre heures du matin. Votre esprit va pousser les limites de votre perception jusqu’à ce que vous puissiez expérimenter tous les aspects d’une vie qui n’est pas la vôtre. Et un beau matin vous allez vous retrouver avec des tics ou des habitudes que vous n’avez jamais eu… Mais qui appartiennent à ce personnage pour qui vous écrivez. Résignez-vous. Il va bien falloir réaliser que ce personnage n’en est pas un. C’est une personne, un individu et vous allez devoir essayer de le traiter comme tel.

Mais tout cela est impossible si l’on en reste simplement à : Je ne suis pas toi.
Alors lecteur, il faut écrire. Il faut raconter, je me fiche que ce soit au travers d’un roman, d’une chanson, d’un poème, ou d’une BD, d’une photo, d’un dessin. La dernière chose qu’il reste d’une civilisation disparue ce sont ses histoires. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi ? Lecteur, écoute. Si tu as envie de prendre un stylo, prends-le. Ne t’occupe pas de savoir si tu as du talent. Bien sûr que tu vas écrire de la merde. Même Hugo a un jour écrit de la merde. C’est pour ça qu’il faut pratiquer. Je vais te dire un secret : tu as du talent. Tu ne t’es juste pas posé la bonne question. Qui es-tu lecteur ? Et qu’est-ce qui fait de toi quelqu’un de si spécial ? Qui es-tu toi pour décider que ton regard sur le monde est si insignifiant que tu préfères le passer sous silence et le laisser mourir ? Ou peut-être que ce n’est pas écrire qu’il te faut. Peut-être que tu raconteras mieux ton histoire si effectivement tu deviens forgeron. Dans tous les cas. Tu ne pourras jamais le savoir si tu ne te demande jamais: Qui es-tu lecteur ?


Pourquoi je sors ce pavé maintenant ? Parce que j’ai un texte que j’ai retrouvé pour Akémi. Mais on verra cela demain, lecteur. Pour l’instant je vous laisse en paix.

Commentaires

  1. Ahh je me suis dit "Quoi, mais qu'est-ce que j'ai dit ?!" ^^
    Finalement, je n'ai rien fait de mal. Je t'ai juste fait sortir les squelettes du placard. D'ailleurs, j'ai lu l'extrait et j'ai mis un commentaire, mais je crois que ça n'a pas marché :/ Tu l'as eu ? Sinon, je recommencerai (mais c'était un pavé, mdr).

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    1. Ah non, je l'ai pas eu… Je vais tester voir si je trouve un bug quelque part.

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